S’affirmer, garder son cap – santé mentale et solipsisme raisonnable

Catégories Confiance en soi, Santé et Bien-être

Si la santé du corps est indispensable pour accéder au bien être, comme le montrent adages et maximes (« quand la santé va tout va » et le fameux toast porté «  à la santé de… ») la santé mentale s‘avère l’être tout autant. Pas question pour nous  de tomber ici dans un dualisme dépassé car le corps et l’esprit interagissent, nous le savons, de multiples façons mais de rappeler quelques spécificités de la santé mentale. En effet, la seule condition de la santé physiologique peut ne pas être suffisante pour obtenir un bien être psychologique. Nous allons donc nous pencher sur les conditions nécessaires et suffisantes pour se sentir équilibré, bien dans sa peau et s’affirmer.

Quelle définition de la santé ?

Pour commencer nous partirons d’une définition biologique de la santé que l’on peut définir comme l’ensemble des organes ou processus qui luttent contre la mort et la dégénérescence. Nous sommes d’avis que nous pouvons adapter cette définition à la santé mentale dans la mesure où nous considérerons que cette dernière représentera toutes les attitudes, actes, pensées qui lutteront contre l’anéantissement de notre identité propre, notre subjectivité.

C’est pourquoi nous poserons l’hypothèse que la base de la santé mentale a pour prérequis une dose raisonable de solipsisme, celui-ci étant défini par l’attitude consistant, pour le sujet pensant, à considérer qu’il n’y a d’autre réalité acquise que lui-même, une constatation que le soi est la seule manifestation de conscience dont on ne puisse pas douter. Nous étendrons cette théorie à la thèse d’une corrélation patente entre santé mentale et auto-référence au soi.

Une santé héraclitéenne :

Notre cheminement envisagera notre santé mentale comme le produit d’une lutte entre soi et l’extérieur, entre notre subjectivité et les substances externes, entre nos modélisations volontaires et les influences extérieures pour en faire découler quelques préceptes mentaux d’action pour persévérer dans notre être en toute quiétude.

 

I L’animal politique peut-il toujours être heureux?

Comme le montrait Aristote dans Les Politiques, l’homme est un animal politique, c’est-à-dire qu’il doit vivre en communauté voire en société pour vivre bien car il a besoin des autres pour se compléter. Il possède pour cela le langage qui lui sert à partager des valeurs de bien et de mal, de vrai et de faux, de juste et d’injuste. Nous avons donc besoin d’êter accepté, intégré. Nous sommes élevés selon une certaine éducation et valeurs qui nous modélisent et auxquelles nous aimons nous référer car grâce à elles on se sent chez soi. Le seul être pouvant vivre or de la société est, pour Aristote, soit une bête sauvage soit un dieu. Pourtant, cet ensemble social et culturel qui nous sculpte et nous guide ne peut suffire et éclipser notre moi profond, notre subjectivité qui peut être ou devenir un opposant à notre culture, notre éducation. Il existe un « pathos », comme dirait Michel Henry, irréductible à tout ce dans quoi nous baignons depuis notre enfance. Cette irréductibilité peut faire que nous soyons en décalage avec les messages axiologiques extérieurs et donc malheureux, dans un état de conflit et par conséquent de tristesse psychologique.

Nous pourrions citer de nombreux cas de personnages qui se sont affrontés à leur société bien qu’y étant né afin de changer les choses au nom d’une valeur supérieure qu’ils ont fait leur. Pensons à l’exemple d’Antigone…

Lorsque nous sommes dans cet état, il y a un manque d’harmonie entre notre soi et l’extérieur, ce qui nous cause de l’inconfort et bien souvent des attitudes négatives, nihilistes voire défaitistes.

II Positivité et santé mentale :

Cette négativité risque de nous mener à la déprime, voire à la dépression car la dévalorisation est proche. Pour demeurer dans une certaine santé mentale, il faut donc rester positif. Ce terme n’est pas un poncif mais signifie, dans la bouche de Nietzsche par exemple, affirmer les choses et ne pas les nier, affirmer sa vision plutôt que lutter contre un état de chose. Ne pas vouloir arrêter de fumer par exemple mais vouloir positivement (et non en réaction) courir plus vite; ne pas vouloir manger moins mais désirer se sentir plus léger et plus énergique. La positivité consiste à affirmer un désir plus fort que ce à quoi on s’oppose.

La positivité peut venir, par conséquent soit en réaction à des événements extérieurs qui sont positifs et qui donc induisent des sentiments de joie pour parler comme Spinoza. Si nous sommes dans le défaitisme, la dévalorisation, l’attitude sceptique du « à quoi bon… » nous n’affirmons plus rien et donc surtout pas notre soi. Nous ne persévérons plus dans notre être, par conséquent nous nous perdons et les processus dont nous avions dit, au début, qu’ils luttent contre la mort et l’anéantissement du soi deviennent faibles et laissent prise à la maladie mentale identifiée au manque de puissance et d’énergie. Mais la positivité peut venir aussi de pensées volontaires autonomes qui ne dépendent pas de l’extérieur. Et c’est là que notre définition de la santé mentale va payer un lourd tribut aux stoïciens. En effet, si jamais nous nous laissons bringuebaler par les émotions créées par les événements et influences extérieures tel un radeau dans une mer déchaînée, nous serons dépendants, aliénés par le regard d’autrui, le fameux « l’enfer c’est les autres… » de Sartre.  Il faut être capable d’imposer notre propre cap.

III Agir sur ce qui dépend de nous :

Or, les seules choses qui dépendent vraiment de soi, ce sont nos pensées. Même si nous sommes pensés par les pensées comme le fait remarquer Nietzsche, (nous ne contrôlons par toutes nos pensées), nous pouvons les remplacer. Nous devons être le douanier de nos pensées comme le préconise Marc Aurèle et ne laisser passer que celles qui survivent à l’examen rationnel appuyées sur des causes efficientes d’une part et celles qui concernent les choses sur lesquelles nous pouvons agir. Il faut faire le tri entre ce qui dépend de nous (et il n’est pas toujours facile de s’avouer qu’une chose est de notre ressort) et ce qui n’en dépend pas ! D’où notre souci d’intégrer une certaine dose de solipsisme raisonnable. Il ne s’agit pas de s’abstraire de l’extérieur ou de le nier mais de ne pas en dépendre pour définir notre identité et notre valeur, ce qui doit nous apporter de la joie conformément à notre subjectivité, notre pathos.

A ce sujet Nietzsche nous engage à être à nous-mêmes notre propre norme. Si nous acceptons de dépendre des avis et visions du monde d’autrui nous serons malheureux et perdus car notre être est incarné par notre vision du monde. Nous devons assumer notre cap pour être en adéquation avec nous-mêmes, c’est-à-dire corréler nos actes et nos discours. Il nous faut poser notre cap (faute de l’imposer), être convaincu de la justesse de notre point de vue, poursuivre nos rêves, expérimenter nos façons de voir afin de faire nos propres erreurs, éprouver notre propre fierté, découvrir notre esthétique du monde afin de poursuivre dans notre être et de ne pas vivre la vie de quelqu’un d’autre, ce qui à coup sûr nous rendrait malade mentalement.

Dans la perspective d’atteindre cet équilibre, nous proposons un petit vade mecum d’exercices visant ce solipsisme raisonnable :

-Examinez les pensées qui vous viennent et soumettez-les à l’examen. Méritent-elles de vous guider ou non ? Sont-elles basées sur des raisons rationnelles ? Dites-vous que les pensées ne sont que des pensées (des flux immatériels) et ne représentent pas des faits. Si la pensée est indigne, remplacez-la et forcez-la à voir les choses sous un autre aspect, plus réaliste, plus positif en vous servant de la P.N.L., c’est-à-dire de tes ressentis passés.

-Exercez-vous à ne pas subir mais à agir face à une contrariété à l’aide de votre intuition. Ecoutez-la, elle est souvent bien inspirée. Votre corps entier comprend le contexte souvent bien mieux que ton intellect, autorisez-le à la parole. Il a digéré tout votre passif, vos erreurs, votre expérience, vos succès et il vous dit souvent comment réagir en fonction de toutes ces données afin que vous restiez vous-mêmes et que vous vous préserviez.

-Visualiser votre objectif, votre désir comme s’il était déjà atteint afin de ne pas vous laisser influencer par l’extérieur, « cultive ton étrangeté légitime » comme disait René Char. La santé mentale consiste aussi à oser être soi et suivre ses propres rêves sans se calquer sur ceux des autres.

-Agissez selon vos propres normes, ne recherchez pas la reconnaissance. Appliquez tes propres valeurs, soyez juste, respectueux, gentil, enthousiaste, enjoué, critique, etc. La reconnaissance  des bonnes gens, de ceux qui vous ressemblent découlera de source mais n’en faites pas une cause efficiente mais une conséquence non désirée. La réputation est par définition quelque chose qui ne dépend pas de nous.

 

Photo : W. Turner, Tempête de neige en mer.

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