Pourquoi développer nos anciennes capacités ?

Catégories Développement personnel

Pourquoi devrions-nous développer des capacités que nous avions perdues?
Nombreux sont ceux qui sont tentés de se dire : mais pourquoi apprendre à faire du feu alors qu’on a des briquets ? Pourquoi s’armer contre le froid alors que nous avons des vêtements bon marché et faits de matériaux scientifiquement étudiés pour lutter contre ce dernier? Pourquoi apprendre à pêcher ou chasser alors que nous sommes dans une société d’abondance alimentaire ? Et pourquoi développer nos muscles alors que nous pouvons être motorisés et suppléés quel que soient nos mouvements ? La technologie née de notre intelligence n’est-elle pas là pour nous aider à dominer la nature afin de mieux vivre ? Nos anciennes habiletés et capacités ne sont-elles pas, à l’image de nos dents de sagesse, des structures anachroniques et inutiles ? En dépit des apparences, nous montrerons ici que ce raisonnement nous soumet à deux dangers, deux épées de Damoclès : la déshumanisation et l’aliénation infantile.

 

I Technologie et déshumanisation :

 

L’être humain est composé du cerveau le plus complexe de l’évolution, de quatre membres, de systèmes organiques (hormonal, nerveux, respiratoire, musculaire) aux capacités insoupçonnées. Pourtant il semble de plus en plus obsolète vis-à-vis de sa création : la technologie. En effet, à l’heure actuelle il existe une « prothèse » pour chaque action à réaliser ou besoin à satisfaire. En résumé, une pillule ou un bouton peuvent remplacer nos pouvoirs d’action. Des escalators nous meuvent pour transporter, le viagra booste notre libido, une armée de robots électro-ménagers modèlisent nos repas. Le pétrole sert de base à nos cosmétiques et à nos déplacements et toute douleur semble être évitable grâce à d’inombrables pillules du bonheur… Nous sommes donc voués à une obsolescence programmée, tout comme les produits  de consommation. Ne sommes-nous pas en train de jouer les apprentis sorciers face à nos milliers d’années d’évolution qui nous ont programmées afin d’être tels que nous sommes ?

 

II En route vers la déshumanisation, quelles limites ?

 

Nos anciennes habiletés et capacités nous permettaient de sentir la douleur, d’apprendre en faisant des erreurs, de trouver des moyens intrinsèques, corporels de soulager les maux, de développer des méthodes psychologiques et un certain aguerrissement à la douleur, de savoir avec les moyens du bord faire du feu, un abri, de les recréer en cas de destruction. Notre monde de technologie et d’obsolescence ne nous le permet plus. La première question que nous devons nous poser est la suivante. Sommes-nous toujours des humains ?En effet : « le monde auquel les hommes ont à faire quotidiennement est avant tout un monde de choses et d’appareils dans lequel il y a aussi d’autres hommes ; ce n’est pas un monde humain dans lequel il y aurait aussi des choses et des appareils ».[1]Une allégorie nous fera comprendre ici le problème, celle du bateau de Thésée. Au gré de  ses expéditions, le bateau de ce héros grec antique avait du remplacer diverses pièces de sa composition d’origine. A tel point qu’il pouvait se demander si, une fois remplacée la majorité de ses pièces, il restait encore le même bateau de Thésée ? Si nous n’éprouvons plus ni douleur, ni effort musculaire, si nous ne nous adaptons plus aux circonstances, aux différents stress à l’aide de nos systèmes organiques, restons-nous humain ? Si nous n’utilisons plus nos quatre membres ni notre cerveau car tout est décidé et pensé à notre place, sommes-nous le même humain ? Quelle est la limiteque nous sommes prêts à franchir dans l’insensibilisation et la déshumanisation ?

 

III Est-ce la suite logique et inéluctable de l’évolution ?

 

Nos anciennes habiletés et capacitésfont corps avec notre essence qui veut « poursuivre dans son être » pour reprendre une formule de Spinoza. Cette évolution ne semble pas aller de soit mais au contraire elle semble essayer de passer aux forceps. Nous en voulons pour preuve une résistance à la sédentaritéà travers de plus en plus de modes sportives. Celles-ci cherchent à renouer avec nos pratiques ancestrales d’efforts, de domination des obstacles, de confrontation à la douleur et aux épreuves . Courses à pieds en tous genres, clubs de remise en forme qui font fortune, courses d’obstacles style Mud Dayou Spartan raceattirent de plus en plus de monde, ainsi que les clubs de self-défense qui fleurissent partout. Le corps et ses besoins se rebiffent face à son obsolescence et la programmation de son inutilité.

 

IV Ne pas devenir une dinde !

 

Outre les limites de l’humain, le second problème qu’entraîne la disparition de nos anciennes habiletés est le risque de dépendance exacerbée aux appareils. Puisque tous nos pouvoirs d’action potentiels ont des excroisssances technologisées qui les remplacent et les amplifient[2]nous devenons, au fil du temps incapable de faire quoi que ce soit. Nous ne nous souvenons plus d’aucun numéro de téléphone, nous sommes aliénés par les spécialistes de ceci ou cela. Nous avons un médecin pour nous soigner, un garagiste pour réparer notre voiture, un coach pour bouger notre santé, etc. Tant que cela dure, comme l’approvisionnement en pétrole, la présence de spécialistes autour de nous, nous sommes convaincus que tout cela est bel et bon. Nous sommes à l’image de la dinde qui, tant que le fermier vient la nourrir, pense qu’il est son bienfaiteur. Jusqu’au jour où il vient pour la tuer au moment de Noël ![3]

 

V La porte de sortie émancipatrice du survivalisme :

 

La résistance à l’obsolescence et à l’inutilité passe, nous l’avons vu, par les pratiques physiques de défi mais elle pourrait passer également par la pratique du survivalisme. Si jamais un jour nous n’avons  plus d’eau potable, plus de médecin à portée ou de pétrole pour nous déplacer, saurons-nous nous débrouiller ? La pratique du survivalisme nous permet de retrouver toutes nos anciennes habiletés et capacités en prévoyant le pire. Même si cela n’arrive pas il représente une hypothèse productive, heuristique qui nous pousse à nous réapproprier notre vie et nos savoir-faire ! Réapprenons à faire du feu, à nous soigner, à nous alimenter sainement sans nos supermarchés, à réparer nos affaires sans spécialistes. Réapprenons à nous servir des merveilleuses capacités adaptatives de nos ressources corporelles à travers des stages et formations à nos anciennes habiletés comme savoir vivre en pleine nature sans hôtel !
(Je vous conseille au passage les stages de survie très complets organisés par David Manise.)
[4]

 

Conclusion :

 

La problématique de cet article est fondamentale car elle nous amène à repenser notre vie d’humain sur les plans philosophique : jusqu’à quel degré d’aliénation sommes-nous humain ? Et surtout pragmatique : jusqu’à quel degré de méconnaissance et de dépendance vis-à-vis des objets technologiques pouvons–nous survivre en cas de réadaptation brutale (le fameux «  cygne noir »de Nicholas Taleb !) ? Il faut perdre l’habitude de penser comme une dinde car la vie est pleine de hasard et d’incertitude sur lesquels nous projetons l’illusion d’un confort acquis pour toujours. Encore une fois, si nous n’avons pas anticipé (l’une de nos anciennes habiletés) un autre moyen de nous éclairer, nous allons allumer 1000 fois la même ampoule. Mais la 1001 fois lorsqu ‘elle grillera, nous serons décontenancés et perdus ! Alors une seule devise : réappropriation de notre quotidien !

 

[1]Günther Anders, L’obsolescence de l’Homme, Paris, Editions fario, 2011, p. 61

[2]Jürgen Habermas, La Technique et la Science comme idéologie, Paris, Gallimard, 1990, p. 6-18

[3]Nassim nicholas Taleb, Antifragile. Les bienfaits du désordre, Paris, Les Belles Lettres, 2013, p.119

[4]https://www.stages-survie-ceets.org/

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