L’origine physiologique de nos pensées

Catégories Développement personnel

origine de nos pensées positives

 

L’origine de nos pensées positives ou négatives a souvent été une préoccupation de l’humanité. De nombreuses théories ont été avancées selon les époques sur l’origine de nos croyances et visions du monde. Elles ont été soit inspirées par dieu, soit déterminées par l’idéologie de la classe dominante, soit incorporées par notre éducation ou encore générées par notre inconscient. Le point commun de ces théories (mises à part peut-être les thèses psychanalytiques) semble être l’hétéronomie des facteurs influençants nos idées et modes de penser qui nous influenceraient de l’extérieur.

Nous voudrions ici proposer une autre possibilité quant à la genèse de nos pensées, basée sur l’énergie. Rappelons au préalable la théorie nietzschéenne qui sera notre source de départ. Pour le célèbre philosophe, les pensées ne viennent pas de nulle part, ex nihilo, ni même de l’influence externe mais de notre corps. Bien entendu il y aura une interaction entre notre être et nos expériences empiriques mais ce que l’on fera de ces expériences, va dépendre de nos processus corporels, de l’état de notre corps. Ainsi toute pensée, toute morale et donc toute philosophie ne sont, au fond que des confessions, des auto-biographies de l’état du corps qui les a provoquées.

« L’inconscient déguisement des besoins physiologiques sous le manteau de l’objectif, de l’idéal, de l’idée pure va si loin que l’on pourrait s’en effrayer et je me suis assez souvent demandé si, d’une façon générale, la philosophie n’a pas été jusqu’à présent surtout une interprétation du corps et un malentendu du corps ».[1]

Nietzsche va parler d’affects et instincts actifs ou réactifs ce qui signifie des besoins. Ce sont des rapports à la vie, bref des valeurs mais qui sont générées par le biais de la physiologie du corps. C’est ainsi qu’à-rebours des autres penseurs, plus idéalistes, il va s’intéresser à des éléments plus basiques et très humains comme le type d’alimentation ou le type de climat auxquels sont soumis les personnes qui énoncent une pensée quelconque.

A partir de cette théorie, nous aimerions, dans un premier temps, ébaucher ce type de lien particulier entre énergie corporelle et mode de pensée, l’envisager comme un quasi-lien de cause à effet. Dans un second temps, il s’agira de lancer des pistes permettant d’acquérir davantage d’énergie afin de faire naître en nous des modes de pensées, des façons positives et actives de voir le monde.Et ce à travers notre alimentation, notre façon de respirer, de bouger notre corps.

 

  1. L’importance de l’alimentation et de l’énergie dans la genèse des pensées :

Comme nous l’avons esquissé plus haut, Nietzsche a découvert qu’il y avait une relation directe entre notre mode alimentaire et nos types de pensées. Pourquoi me demanderez vous ? Et bien parce que c’est par le biais de l’alimentation que va nous venir notre force. Citons à nouveau notre philosophe hygiéniste :  « tout autre est une question qui m’intéresse, dont le salut de l’humanité dépend plus que de n’importe quelle curiosité de théologien : la question de l’alimentation. On peut se la formuler ainsi pour l’usage ordinaire : comment dois-tu, toi te nourrir pour parvenir à ton maximum de force, de virtù [2]dans le style de la Renaissance ? »[3]

1.1 Nous ne choisissons pas nos pensées:

Très prosaïquement, Nietzsche va décrire des habitudes alimentaires qu’il conseille ou déplore en expliquant sommairement les conséquences que ces dernières peuvent avoir sur « l’activité de penser ». Il faut prendre cette expression d’ « activité de penser » avec beaucoup de précaution concernant le vocabulaire nietzschéen car il va de soit que nous sommes pensés par nos pensées. Détournant l’expression cartésienne : « je pense donc je suis » en  «  je suis pensé  donc je suis » il montrera dans son œuvre que les pensées nous viennent davantage que nous ne les faisons naître consciemment. Et si elles nous viennent plus ou moins spontanément c’est en résonnance avec notre état physiologique.

Par exemple, « La soupe avant le repas, les viandes archi-bouillies, les légumes rendus gras et farineux ; les entremets dégénérant en presse papier ! Si l’on y ajoute le besoin carrément bestial des petits coups après le repas qu’éprouvent les anciens Allemands et pas seulement les vieux, on comprend l’origine de l’esprit allemand- il provient de tripes affligées. L’esprit allemand est une indigestion, il ne vient à bout de rien ».[4]Par cette dernière phrase, notre philosophe veut signifier, par une métaphore gastrique, que comme leur estomac, les Allemands  ( de son époque) vont nourrir du ressentiment en étant incapable de « digérer » des remarques, des critiques qui ont pu leur être faites. Voilà une illustration qui pointe un rapport quasi direct entre alimentation et état d’esprit. « Le tempo du métabolisme est en rapport strict avec la mobilité ou la lourdeur des pieds de l’esprit ; l’esprit, quant à lui n’est qu’un avatar de ce métabolisme ».[5]

 C’est ainsi que poursuivant la description de sa propre expérience sur laquelle il va baser ses recommandations, il nous conseille l’eau plutôt que les boissons alcoolisées, pas de collations entre les repas, pas de café car le café « assombrit », il nous dit que le thé n’est salutaire que le matin, etc. Mais surtout, et nous introduisons ainsi un autre facteur dont nous reparlerons plus loin, « rester assis le moins possible ; n’accorder foi à aucune pensée qui ne soit née en plein air et en prenant librement du mouvement, où les muscles ne fassent également la fête. Tous les préjugés viennent des tripes- le cul-de-plomb- je l’ai déjà dit- c’est le véritable péché contre l’esprit saint. »[6]

1.2 L’énergie modèle le rapport au monde:

Dans la mouvance de ce paradigme, nous aimerions faire remarquer que, selon les types de régime alimentaire que nous choisissons, nous allons soit être plus ou moins au ralenti donc avoir besoin de repos. Les pensées  rechercheront soit la paix, le repos, voire l’anesthésie complète de toute manifestation de la vie, soit  l’affirmation de notre force, de notre volonté de puissance, affronter les oppositions y compris par la souffrance. Notre rapport à la vie, nos valeurs peut dépendre de notre énergie, de notre force nous permettant d’y faire face. Nous pouvons donc nous demander : quel état physiologique- maladie ou plénitude des forces a inspiré tel penseur ou telle considération dans notre esprit ?

Nietzsche renverse ainsi toutes les perspectives en montrant que ce qui était considéré jusqu’ici comme sérieux n’était que chimères nées de mauvais instincts, de natures maladives. L’esprit n’est en définitive qu’une modalité des échanges organiques. La conclusion est que « pour le peuple et l’humanité, il est d’une importance décisive que la culture commence au bon endroit- non par l’âme : le bon endroit c’est le corps, les attitudes, le régime physique, la physiologie – le reste suit de lui-même. »[7]

Il est emblématique que sur ce point comme sur d’autres, Nietzsche ait choisi d’opposer le Christ ou crucifié et par là la morale et le régime ascétique des prêtres à Dionysos et ses repas festifs et copieux. L’un des régimes nie les plaisirs et forces de la vie, l’autre les affirme…

 

  1. Comment acquérir davantage d’énergie afin de mieux penser 

Ainsi que nous l’avons vu, il peut y avoir une corrélation directe entre mode de penser et notre façon d’accumuler de l’énergie. Avec Nietzsche, nous pensons que quelqu’un de faible constitution aura une morale de faible et quelqu’un plein d’énergie aura une morale forte. Ses valeurs seront donc plus positives et constructives. Une morale de faible sera par exemple une morale du ressentiment. Elle sera servie par une volonté faible visant l’élimination de ce qui pose problème. Ce sera une morale qui cherchera à nier la réalité au lieu de l’affronter, voire de l’aimer (« amor fati »). Cette morale cherchera des boucs émissaires plutôt que des solutions car vivre signifie souffrir, être frustré car la vie est liée au désir qui veut l’illusoire, l’absurde. Or il faut de l’énergie pour supporter la frustration!

2.1 Faible ou fort face à la vie:

Le faible ou comme le dit Nietzsche « le décadent » n’a pas assez de force pour accepter la réalité effrayante, ambiguë et s’efforce de la déconsidérer en la dévaluant. Il Préfère ses fantasmes et idéaux, plus simples, simplistes et faciles à maîtriser que, par exemple, les passions. Le « décadent » est celui qui, par impuissance devant la réalité, la calomnie, la déclare fautive et mauvaise parce que sensible, trompeuse, séduisante.  Il se réfugie dans l’idéal, la création d’  «arrières mondes ». Celui qui n’a pas assez d’énergie va ressembler à quelqu’un qui ne parvient pas à digérer et demeurer dans le ressentiment comme le dyspeptique. Sa pensée, rumination vindicative et morose n’arrive jamais à se débarrasser de rien,  ne sait pas éliminer. Elle ressasse interminablement ses griefs et inculpations car totalement dépendante des pensées des autres.

La thèse affirmée ici est que si nous avons davantage d’énergie, une meilleure constitution, nous serons capable de vivre cette vie sans en refuser le malheur, lié au désir, à la volonté, aux sens. Vivre ainsi rendra plus heureux. Pour cela, il est nécessaire d’adapter notre mode de vie, notre façon de manger, de dormir, de respirer, de bouger afin d’acquérir l’énergie.Il s’agit de s’affirmer en homme fort nietzschéen. Cel signifie un homme qui accomplit sa volonté avec conviction sans se soucier des pensées des autres et sans rechigner devant l’échec, les incohérences, les frustrations, les passions, les affects, bref ce qui constitue la vie réelle.

2.2 Où trouver l’énergie qui nourrit la pensée positive?

Notre blog se propose donc d’étudier des principes, des procédés, des recettes, des recherches, des techniques nous permettant d’acquérir de l’énergie nous permettant d’atteindre une vision du monde plus sereine, plus active. Nous verrons comment la rendre plus conquérante, à travers une attitude plus endurante, plus compréhensive, plus positive. Nous étudierons donc les processus physiologiques de notre corps et de notre esprit afin de comprendre ce qui peut entrer en synergie avec eux pour nous donner ce que Nietzsche appelle  «la Grande santé ». Le corps est la grande raison, un ensemble de volontés qui pensent (un inconscient) et non pas une inerte et chosiste substance étendue (Descartes).

A titre d’exemples, nous analyserons comment nous pouvons acquérir la physiologie la moins acide possible et comment la rendre alcaline. Nos articles montreront comment modifier notre régime alimentaire en éliminant certaines de nos mauvaises routines déguisées en saines habitudes par les publicités commerciales. Notre registre s’étendra aux pouvoirs qu’une technique de respiration peut apporter dans la résistance à la douleur, dans le renforcement du système immunitaire. Nous serons amenés à envisager les bienfaits d’un « réensauvagement » de notre mode de vie afin de moins nous étioler  et de développer notre antifragilité.  Comment bouger, etc. afin d’atteindre cet équilibre hygiénique et psychique que vise Nietzsche.

2.3 Comment se réapproprier notre énergie:

 

Non content de proposer comment mieux prendre soin de son corps, notre projet est de mettre toutes ces études et conseils au service d’une corrélation corps/esprit ou plutôt corps/vision du monde. Ceci afin d’acquérir l’énergie nécessaire pour affronter la vie et ses difficultés et non de les nier en culpabilisant tel ou tel facteur. Il s’agit ici d’utiliser nos ressources naturelles et inconscientes à un meilleur escient en nous détournant si nécessaire de nos routines citadines occidentales qui étiolent notre santé. Celles-ci prétendant nous la rendre par des ersatz et substituts artificiels. Cette approche d’inspiration nietzschéenne, on l’aura compris, considérera le corps et l’esprit comme un tout interdépendant. Sa matière première restera l’énergie corporelle métabolisée car elle servira à affronter, à accepter la vie telle qu’elle est et à y tracer sa voie sans invoquer  paradis artificiels si illustres soient-ils !

 

 

[1]Friedrich Nietzsche, « Avant-propos » in Le Gai Savoir, Œuvres complètes, Paris Robert Laffont , 1993, p. 29

[2]Virtù : c’est le terme utilisé par Machiavel et remis en honneur par Stendhal pour désigner le courage, la morale virile, la noblesse des forts ou des heureux.

[3]Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, Nietzsche contre Wagner, GF Flammarion, Traduction, introduction, bibliographie, notes et index par Eric Blondel, 1992, p. 72

[4]Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, op. Cit. p.73

[5]Ibid. p. 75

[6]Ibid. p.74

[7]Friedrich Nietzsche, « Raids d’un intempestif » in Le Crépuscule des idoles, traduction originale, notes et analyse par Eric Blondel, Hatier, 2001, p. 119

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2 commentaires sur “L’origine physiologique de nos pensées

  1. Super article, la fin met l’eau à la bouche!
    Hâte de découvrir les prochains articles de ce blog pour devenir un anti-fragile!

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